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28.06.2004
Concilier tourisme et sauvegarde des savoir-faire traditionnels

Née de l’amour de Coco Polizzi pour le Maroc et ses artisans, la Médina d’Agadir constitue bien plus qu’une halte touristique. Cette mini kasba offre la possibilité à plus d’une cinquantaine d’artisans de vendre dignement leurs productions tout en transmettant leur savoir-faire à de jeunes apprentis.
Plantée au milieu de nulle part, la Médina d’Agadir dresse fièrement sa muraille de brique de terre et de pisé. Malgré les apparences, cette forteresse qui renferme un dédale de ruelles et de petites boutiques-ateliers telles les villes d’autrefois, a été imaginée de toutes pièces par Coco Polizzi, il y a une quinzaine d’années. Difficile de se convaincre qu’il n’y avait là auparavant qu’un champ vierge de toute construction. Pourtant, la Médina n’est que la réalisation d’un homme, assez passionné et assez fou pour se lancer dans un tel projet.
L’idée est née dans les années 70, à l’époque où la ville ne comptait qu’un grand hôtel, celui du Club Med. Un matin, alors que Coco se promène sur la plage quasi déserte, il fait la connaissance de Maximilien Goujard, le président du Crédit Lyonnais pour la zone nord-américaine, en vacances dans la région. Coco lui propose de le guider à travers la ville. «À l’époque, il n’y avait rien à faire ici», se souvient Coco qui parle de cette idée de Médina à un Maximilien emballé. Il faudra une vingtaine d’années pour que Coco Polizzi ait enfin les moyens de ses ambitions et dessine les plans de son projet. « Maximilien m’a fait sentir ce que souhaitaient les touristes », explique-t-il encore reconnaissant.
Transmission des savoir-faire
Mais la Médina n’est pas un simple produit touristique. Coco l’a pensée comme un plan de sauvetage d’un artisanat en sursis, menacé dans sa survie par les bazaristes qui imposent leurs prix, n’offrant bien souvent que le montant d’une soupe et d’un morceau de pain à ceux qui
travaillent pour eux. L’entrepreneur italien a donc l’idée d’ouvrir sa Médina aux artisans qui peuvent ici s’installer à leur compte. Un loyer modéré (100 dh/m2 contre 10 000 dh/m2 en ville) et surtout pas de clé - un gros bakchich qui assure la boutique au plus offrant - est simplement demandé en fonction de la surface occupée. Seule condition pour s’installer : embaucher un apprenti auquel l’artisan transmet son savoir-faire.
Aujourd’hui, la Médina d’Agadir accueille plus d’une cinquantaine de boutiques artisanales proposant babouches, bijoux, vêtements, chaussures de cuir, objets
de décoration, confectionnés de façon traditionnelle, au même prix que dans les souks de la ville. Le premier apprenti vient de s’installer à son compte. Une fierté pour Coco qui ne manque pas de projets. La Médina qui compte déjà deux
restaurants et un théâtre en plein air, s’enrichira dans les années qui viennent d’un petit hôtel de 44 suites junior et de quelques riads en bordure d’un lac. Bref, un produit haut de gamme de conception orientaliste qui sera prétexte à créer une école hôtelière culturelle.
Après des années de combat solitaire, le travail de Coco est enfin reconnu et intéresse désormais d’autres villes du Maroc qui souhaitent à leur tour concilier tourisme et développement durable.
00:10 Publié dans medina |