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28.06.2004

Salines de Saint-Armel : Un projet économique et écologique

À 70 kilomètres de Guérande, Olivier Chenelle naturaliste convaincu, a décidé de relancer la production de sel. Seul paludier du Morbihan, il exploite depuis deux ans dix hectares de salines dans les marais de Lasné. Un projet économique qui a contribué à valoriser un espace naturel sensible et à faire revenir les oiseaux, prouvant que l’intervention de l’Homme peut parfois contribuer à l’harmonie du milieu.



À quelques kilomètres de Vannes, sur la commune de Saint Armel, Olivier Chenelle a relancé, il y a deux ans une activité disparue de la région du Golfe depuis le début du XXe siècle. C’est en effet en 1920 que les salines de la région sont réaménagées en claires ostréicoles, abandonnant définitivement à Guérande la production de sel. L’arrivée d’une maladie décimant l’huître plate « belon » sonne à son tour l’abandon des marais de Lasné par les ostréiculteurs dans les années 80.

Il y a sept ans, Olivier Chenelle propose au conseil général de remettre en état une partie des salines construites au XVIIIe siècle par les moines de St Gildas et de relancer une petite production de sel. Son projet n’est pas seulement économique ; il est aussi et surtout écologique, car Olivier Chenelle est un naturaliste. Apiculteur depuis six ans en Bretagne, il aspire à « vivre en harmonie avec son milieu ».

Or, l’exploitation des salines constitue une activité complémentaire à celle de la production de miel. «Ce sont deux métiers où l’on peut être écologiste pratiquant », se réjouit Olivier. L’objectif de ce passionné consiste donc à produire à nouveau du sel tout en incitant les oiseaux à revenir dans les marais de Lasné, malgré les habitations à proximité. Dans ce cas précis, l’intervention humaine favorise une harmonie du milieu. «Si l’homme n’est plus présent, le milieu devient un pré à mouton », explique Olivier qui arrive à convaincre la collectivité départementale - propriétaire des salines classées en espace naturel sensible, depuis 20 ans - et le maire de la commune de Saint-Armel de la viabilité de son projet.



Une vitrine des savoir-faire du Golfe

Durant de longs mois, Olivier travaille à la destruction des digues des anciennes claires afin de remettre la vasière en état. Ce bassin, le plus haut des salines, sert à stocker l’eau qui servira dès le mois d’avril à compenser l’évaporation journalière. Puis avec une pelleteuse, il entreprend de construire des petits îlots destinés à accueillir les oiseaux, veillant scrupuleusement au niveau d’eau de la vasière : «elle ne doit jamais être asséchée, sinon, les prédateurs accèdent aux îlots et dévorent les œufs », explique-t-il. Aujourd’hui, les marais de Lasné se divisent en trois espaces : un tiers est exploité par un ostréiculteur, un tiers est destiné à l’exploitation de sel, un tiers constitue un observatoire privilégié des oiseaux. «C’est une vitrine de ce que l’on peut faire dans le Golfe », s’enthousiasme l’unique paludier du Morbihan qui est fier de pouvoir observer à la jumelle plusieurs espèces rares et protégées, telles les sternes pierregarrin, les chevaliers-gambettes, ou l’avocette élégante en régression sur toute l’Europe. « La vasière a été remise en eau en mai. Quinze jours plus tard, il y avait déjà des nids », raconte Olivier qui a enregistré plus d’une centaine de naissance dès la première année de remise en état de la vasière. Le retour des oiseaux n’est pas sa seule fierté. La première année d’exploitation, grâce à la canicule, Olivier a réussi une excellente récolte : pas moins de 8 tonnes de sel sur 8 œillets seulement. L’année suivante, il récolte la même quantité de sel alors qu’il exploite 24 œillets. Mais Olivier reste philosophe : «L’ennemi du paludier, c’est la pluie. Or, en juillet 2004, il est tombé 80 mm d’eau et en août 100 mm en 3 h ! Mon seul patron, c’est la météo et cette année, mon patron m’a dit : tu pars en vacances ! ». Fort de ce petit succès, Olivier a embauché quelqu’un. Et il ne craint pas la concurrence. Bien au contraire. « D’autres jeunes pourraient s’installer comme moi », affirme-t-il, bien décidé à faire des émules. Pour l’heure, si vous passez dans le coin, Olivier se fera un plaisir de vous faire visiter les marais et de vous expliquer le fonctionnement d’une saline. Une petite activité touristique qui s’intègre parfaitement dans son choix de vie.

00:25 Publié dans salines |